Même si les sorties yamabushis ne sont pas des cours hebdomadaires mais des immersions nature d’au moins cinq jours à chaque saison (quatre fois par an), nous considérons ces sorties comme une discipline à part entière, discipline transverse et complémentaire à toutes les activités proposées par le dojo Shiseikan. Les sorties yamabushis ont lieu dans des espaces naturels préservés et principalement en Ardèche avec comme point de départ, l’Ecocentre de Laboule.

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Cheminer sur les sentiers yamabushis, c’est tenter de tisser des liens profonds avec ce que d’habitude on ignore. Concrètement cela se traduit par une attention particulière aux messages des mondes animal, végétal et minéral, de l’entraide spontanée avec les rares personnes qu’on côtoie lors de ces traversées. S’il faut aimer marcher pour participer à une sortie Yamabushis, cela ne nécessite pas d’être un grimpeur, ni un athlète aguerri. La recherche d’exploit n’est donc pas la finalité mais plutôt une rencontre plus dense et profonde avec soi-même, le groupe, les autochtones, la faune, la flore et l’espace. Une alchimie à créer pour que vie poétique et vie prosaïque fassent sens, une démarche pour recréer du dialogue et des traces entre des mondes qui s’ignorent depuis trop longtemps.

 

Les sorties que nous organisons font référence aux yamabushis de façon surtout symbolique, c’est dans l’esprit d’une communion profonde avec la nature, avec l’intention de dépasser nos limites que nous partageons ces moments. Chacun, en faisant face à ses propres fantômes (la fatigue, les bobos réels et imaginaires, les peurs, les bêtes sauvages, les ronces et les orties, le noir de la nuit, les pluies ou excès de chaleur éventuels) pourra alors faire émerger les forces de courage,  d’attention, d’entraide, de discernement, d’humour, de joie, de calme, de contemplation et de bonté.

Origine des yamabushis

Nos cheminements en nature sont dans la lignée des parcours des moines-guerriers des montagnes du Japon, appelés « yamabushis». Les yamabushis font de longues marches dans les montagnes vécues comme des pratiques d’ascèses et de purification pour mieux se connaître et progresser en tant qu’individu. Toutes sortes d’épreuves jalonnent  leurs parcours qui ne sont pas une fin en soi mais des opportunités pour chacun à progresser en sagesse, en compassion et en stabilité mentale. Ils sont aussi connus depuis le 9ème siècle comme des intercesseurs ; il est dit qu’ils faisaient le lien entre les forces invisibles de la nature et les hommes. C’est ce lien, cette possibilité de dialogue qui inspire les sorties yamabushis que nous organisons car nous avons besoin de réapprendre notre relation avec la nature. Après tout, nous, êtres humains, formons avec elle une entité symbiotique. Beaucoup de mystère entoure les yamabushis, ce qui découle à la fois de leur vie nomade et solitaire dans les montagnes, de leur double qualité d’intercesseurs spirituels et de guerriers, et enfin d’un certain manque de visibilité depuis l’avènement de la modernité au Japon où depuis la moitié du 19ème siècle, de nombreuses traditions anciennes furent interdites.

 

Universalité de la démarche des yamabushis

En occident,  où il n’y a pas à notre connaissance de grand maître yamabushi, les racines de notre culture ont leurs propres sages dont la démarche et les valeurs auraient pu être en alignement avec les leurs. Ainsi certaines écoles de sagesse invitaient pour l’essentiel à trois pratiques : la phronésis, la logique et la physique. Ces trois pratiques sont définies ci-dessous, non pas telles que nous les comprenons aujourd’hui, mais dans leurs significations originelle, tirées des recherches de Pierre Hadot et Dany-Robert Dufour. (Voir leurs ouvrages : « Qu’est-ce que la philosophie antique ? » et « L’individu qui vient… après le libéralisme », respectivement.)

La phronésis est la capacité à ne pas être troublé dans l’action ou l’inaction par ses émotions et ses pulsions sans pour cela les rejeter ou les bloquer. La logique est la capacité à voir (ou mieux voir) les choses telles qu’elles sont, sans ajouter de jugements nés d’un filtre émotif. A partir de la pratique de la phronésis, la logique permet la maîtrise du discours intérieur. La physique est la capacité à contempler et comprendre la nature (dont la nôtre). A partir de la pratique de la phronésis et de la logique, elle permet de se redresser, se dilater et de voir d’un peu plus haut et ainsi élever son âme. Ces 3 pratiques (phronésis, logique et physique) se résument par un cheminement nommé païdeïa : l’art et la science de l’élévation de l’âme.

Avancer sur ce chemin (do pour les japonais), c’est se rapprocher de l’idéal d’être “Arété”. Etre “Arété” c’est être un individu accompli reconnu pour ses mérites. Les mérites consistent à produire au quotidien et dans les apparentes petites choses, les fruits de l’effort d’élévation de l’âme se traduisant par la sagesse, l’implication pour le bien commun et la stabilité morale. Ainsi les sorties yamabushis sont des tentatives de réactualisation de pratiques certes ancestrales mais toujours d’actualité.

 

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